jeudi 26 janvier 2012

Mes premiers boulots

Ce blog est presque en friche, il faut que je m’y remette. J’avais commencé à raconter par raconter la deuxième partie de ma carrière professionnelle mais je n’ai jamais parlé du début. Tout a commencé en septembre ou octobre 1986. Sortant d’IUT, je ne savais pas trop quoi foutre. J’avais été refusé dans les écoles qui m’intéressaient et les machins où j’étais accepté ne m’intéressaient pas.

Ceci mériterait un billet complet mais j’ai la flemme. A partir de la première, je devins un élève binaire : j’étais excellent dans une partie des matières et très mauvais d’en d’autres. D’ailleurs, j’ai eu mon bac C avec 10 tout rond (presque : 10,06) avec 7 en physique et 15 en sciences naturelles. C’est grotesque. J’aurais probablement pu avoir un bac D avec mention. Mais il était logique que je fasse un bac C, vu mon parcours…

Ainsi, après l’IUT de Statistiques, j’ai été refusé dans toutes les écoles d’informatique alors que j’avais des notes supérieures à 18, y compris pour mon stage de fin d’études. Je suis néanmoins persuadé que dès 1990, j’avais un salaire bien supérieur à tous les gugusses bossant dans l’informatique et étant sorti de l’école en même temps que moi. Et 25 ans après, je fais probablement partie des 5% des élèves de ma promo avec la plus belle carrière professionnelle.

On m’avait refusé toutes les formations dans les matières qui m’intéressaient parce que j’étais mauvais en physique (puis, à l’IUT, en mathématiques) mais ensuite, pendant toute ma carrière professionnelle, j’ai rencontré des gens qui avaient fait des maîtrises de chimie mais se sont mises à bosser dans l’informatique puisque c’est un secteur qui embauche…

Voila le système éducatif français à une époque. J’ignore si c’est ainsi maintenant. En 1984, la proportion d’andouilles à avoir un bac +2 devait être similaire à la proportion d’andouilles à bac +5 aujourd’hui…

Je reprends.

Sortant de l’IUT, j’avais trouvé une formation en « informatique fonctionnelle » (j’étais déjà un bon « technicien », je voulais voir plus large, ce qui explique peut-être le cheminement de ma carrière) réservée aux chômeurs. Je m’étais donc inscrit au chômage (avec beaucoup de difficultés vu que je n’avais jamais eu de fiche de paye) puis j’avais commencé cette formation, qui était légèrement rémunérée, ce qui fait que j’ai une fiche de paye depuis cette époque… Le sujet du billet étant le début de ma carrière professionnelle, on peut dire qu’elle a commencé en octobre 1986.

En avril 1987, dans le cadre de cette formation, j’ai commencé un stage au Crédit Agricole des Côtes d’Armor, stage qui a été prolongé par un « emploi d’été » jusqu’à fin septembre. Il s’agissait de développer une application en Dbase II pour les commerciaux en relation avec les clients « commerçants ». C’était très intéressant parce que j’étais totalement autonome et directement et sur des technologies un peu innovantes (à l’époque, dans les banques, les développements informatiques étaient fait sur les serveurs centraux, j’étais un des premiers à travailler sur des PC, qui ne servaient, à l’époque, que pour la bureautique et pour accéder aux serveurs centraux via des émulateurs). J’étais tout seul sur le projet, le seul dans l’établissement à connaître une partie des technologies. Je dépendais directement du directeur informatique, même si j’étais intégré à un service pour des raisons d’intendance. A 21 ans, chef de projet dans une banque… Ma carrière professionnelle est jonchée de coups de pot.

A part qu’au cours des trois premiers mois, je me faisais chier à fréquenter des vieux cons qui avaient l’âge que j’ai maintenant. A la fin de ces trois premiers mois, à la fin de mon stage, ils n’avaient pas de budget pour le salaire d’été, contrairement au budget du service des contentieux qui avaient des sous pour payer un formateur en traitement de texte. J’avais ainsi trois missions dans mon emploi rémunéré au SMIC :
-         terminer l’application que j’avais faite en stage,
-         former les assistantes du service des contentieux en Word et leur mettre en place des outils de mailing,
-         participer à une animation dans l’agence la plus proche autour des nouvelles technologies (ça laisse rêveur mais à l’époque les disques avec des films, ancêtres des DVD, étaient de la taille d’un 33 tours et ça représentait le futur et je surprenais tout le monde en capturant les images des gens avec une caméra…).

J’ai donc changé de bureau. L’âge moyen était bien inférieur et j’ai vite sympathisé avec tout le monde, y compris une dame – pas jeune, elle – dont je partageais le « box » sur le plateau. Son compagnon, Pierre, était responsable du service en charge des distributeurs de pognon que je connaissais un peu, il mangeait souvent avec nous.

Ces trois mois ont été professionnellement assez importants car formateurs : il est assez rare que les informaticiens soient immergés dans un monde de non informaticiens, en l’occurrence le service des contentieux et l’agence du Crédit Agricole de Ploufragan.

Mais c’est ma rencontre avec Pierre qui a été la plus importante puisque trois mois après j’allais prendre ma valise et venir à Paris pour faire une carrière dans le monde des distributeurs de flouze.

Un soir, fin octobre, ma collègue et Pierre ont déjeuné avec le chef de projet de la boite qui faisait le logiciel des distributeurs qui leur a dit qu’ils cherchaient d’urgence quelqu’un connaissant Dbase III+. Ils ont pensé à moi et savaient que je n’étais payé qu’au SMIC et aurais peu de chance de faire mon trou dans l’informatique du CA 22 (qui s’apprêtait à monter un GIE avec les CA du 56 et du 29 pour mutualiser l’informatique : la période n’était pas à embaucher, au contraire…).

Le deuxième gros coup de bol de ma carrière.

Le lendemain, je rencontrais le gars en question, Jacky et lui filais mon CV. Quelques jours plus tard, j’étais appelé par la secrétaire de sa boite d’informatique, à Paris, pour fixer un rendez-vous avec le DG.

J’ai négocié une journée de travail et suis allé à l’entretien. C’était la première fois que je mettais les pieds tout seul à la capitale. Je me rappelle que je ne savais pas comment faire dans le métro et qu’il avait fallu que je demande à un gugusse, après avoir tourné pendant une heure dans Montparnasse.

Je me rappelle aussi cet entretien. Le salaire proposé n’était pas, à la réflexion, mirobolant, mais il m’avait expliqué que j’étais le premier informaticien sans bac +5 qu’il embauchait et que je n’avais pas fait mon Service Militaire. En fait, la seule question que je lui ai posée concernait le nombre de jours de congés auquel j’avais droit. Je suis reparti avec mon premier CDI en poche

Le dimanche 3 octobre 1987, j’arrivais à Paris. Je logeais à l’hôtel, près de Montparnasse évidemment (j’ai vite trouvé un studio à la Butte aux Cailles). Le 4 octobre, je commençais mon nouveau job.

Je me suis pointé dans les locaux occupés uniquement par l’équipe avec laquelle j’allais bossais, une douzaine de personnes, rue de l’Amiral Mouchez. En fait, le poste que j’aurais du occuper pour travailler avec DBase l’était par un étudiant « à mi temps » et la boite a commencé à me faire bosser sur la maintenance des logiciels pour les anciennes gammes de logiciels, si bien que je travaillais sur des technologies datant de la fin des années 70.

Lors d’une évolution du logiciel, la compilation (et surtout ce qui va avec : le link, …) durait plus de 30 heures, sur un vieil ordinateur NCR dont j’ai oublié le nom. On les lançait le matin et on les récupérait le lendemain soir, sauf si, par malheur, on n’était pas tombé en panne d’imprimante (une compilation générait l’impression sur une vieille machine très bruyante de l’équivalent d’une boite de papier). Je peux vous dire qu’on faisait vachement gaffe à éviter les erreurs de syntaxe, en programmant. On travaillait dans une espèce de « langage interprété » (pour être précis : la compilation générait le code d’un langage interprété) assez proche de l’assembleur. Pour éviter les recompilations, on faisait souvent les modifications en touchant directement le machin en hexadécimal dans le distributeur, à partir d’un écran avec 5 chiffres. Avec les clients (des informaticiens des caisses régionales du Crédit Agricole), on fait des modifications par téléphone : je leur dictais du code hexadécimal…

On verrait ça maintenant, on trouverait ça surréaliste !

Je prenais mon pied et étais assez doué pour ça… Du coup, la fille qui m’avait formé est parti sur un autre projet et je me suis retrouvé tout seul à faire la maintenance et les évolutions, juste en relation téléphonique avec l’ancien chef de projet qui était arrivé là par hasard en sortant de Normale Sup.

Je partais parfois en déplacement avec ma valise (de listings) pour voir des Caisses Régionales. Je me rappelle d’un voyage à Toulouse en avion. Je dépassais le poids de bagages autorisés. Je me souviens aussi d’un aller retour à Nancy en train uniquement pour prouver à un directeur informatique qu’on s’occupait d’eux…

A 22 ans, j’étais responsable de la maintenance évolutive et corrective d’un logiciel équipant environ 900 machines (ce qui, à l’époque, était énorme).

Les 10 ou 11 autres personnes de l’équipe bossaient sur les logiciels pour des automates plus modernes.

Mes patrons étaient contents de moi. Je me démerdais bien, j’étais autonome, je m’amusais comme un fou et j’étais toujours prêt à faire la fête lors des pots d’entreprise. J’étais la coqueluche de la boite.

Et j’étais facturé 3300 francs par jour pour la maintenance corrective et faisais en plus, très souvent, les évolutions. En gros, je leur assurais un chiffre d’affaire d’environ 100 000 francs par mois (15 000 euros) pour une charge salariale de l’ordre de 13 000 francs (2 000 euros). Ils avaient de la marge vu qu’ils n’avaient aucun autre frais avec moi : nous bossions dans des locaux du client. Mais escroquer les banques n’était pas un mal à cette époque (maintenant, ne faites pas les cons, je suis salarié d’une banque mais cette époque m’a bien aidé dans mon job actuel pour repérer ce genre d’escroqueries).

Toujours est-il qu’à part la secrétaire, j’avais le plus petit salaire de la boite et j’étais celui qui rapportait le plus.

Ca a duré jusqu’en juin 1988 (soit moins de neuf mois en tout) et je vous raconterai la suite à l’occasion.

Outre le côté métier (les distributeurs de pognon) et la capacité à appréhender rapidement de « nouvelles » technologies (ce que j’ai perdu depuis), j’ai beaucoup appris de cette époque.

Tiens ! Tous les mois, on avait un pot, au siège de ma boite, là où j’avais passé mon entretien. Le jour du premier après mon arrivée, je suis arrivé, le maintenant, habillé normalement. Tous les autres étaient habillés en costar cravate (pour les hommes) (mon habitude de mettre des cravates tous les jours date de plus tard).

A 21 ans, voir les gugusses s’habillent différemment pour aller au siège de la boite est très formateur de l’esprit qui règne en entreprise.

J’avais un bac plus trois (ce qui ne veut rien dire, donc un bac plus 2). Ils avaient un bac plus cinq. J’avais le plus bas salaire de la boite.

Deux ans plus tard, dont un an de service militaire, j’avais un salaire supérieur à celui de beaucoup ce qui avait failli provoquer une émeute…

Les jeunes cadres dans l’informatique sont souvent très cons. Ce n’est pas le carriérisme qui fait une carrière : il faut aussi de la valeur ajoutée pour l'entreprise.

Moi, j'ai commencé à mettre la cravate quand j'allais voir des clients, pas quand j'allais voir mon patron.

8 commentaires:

  1. On gardera cette phrase s'il fallait en garder qu'une " j'ai commencé à mettre la cravate quand j'allais voir des clients, pas quand j'allais voir mon patron."

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  2. Eh bien eh bien, belle tranche de vie, encore, et alors c'est là que papy Zuckerberg t'a repéré à la buvette du ce et t'a embarqué pour la Floride afin d'aller bricoler du PC et besogner sa femme très demandeuse dans la lointaine Amérique (ce qui donna par la suite, heu hum, qui on sait...)?

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  3. Emmanuelle R.24 mars 2012 23:18

    Le vieil ordinateur NCR, c'était un 8200.
    Je le sais car j'ai quelques vieilles photos de l'engin, avec à côté un DAB NCR (dont j'ai oublié la référence) derrière lequel le jeune Nicolas Jegou est en train de taper du code sur le clavier hexa ;-)

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  4. C'était un 5080 ! On travaillait aussi sur les 5070 qui avaient le même soft (c'était des GAB internes, on ne pouvait pas ravaler les billets oubliés).

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  5. Ce passionnant billet, et je pèse mes mots, méritait une lecture attentive, ce que je n'ai pu m'offrir que ce soir. Au vu des titres des billets qui étoffent ce blog, je pense qu'il va figurer très bientôt dans ma liste de blogsà suivre. C'est chouette de suivre tes pas dans le monde du travail !
    Bon, comme tu vas sûrement me répondre en 2 phrases max, je ne me casse pas le cul à te pondre un commentaire à rallonge. Juste dire que plutôt que de coups de bol, je parlerais d'heureux hasards, de rencontres fortuites et d'une sacrée paire de couilles quand même (pas la peine de me donner des preuves, je te crois sur parole, merci) car quitter sa Bretagne natale a 21 piges pour débouler dans un hôtel parisien n'est pas donné à tout le monde.
    Je relève, pour ma part, ces passages-là :
    " On m’avait refusé toutes les formations dans les matières qui m’intéressaient parce que j’étais mauvais en physique (puis, à l’IUT, en mathématiques) mais ensuite, pendant toute ma carrière professionnelle, j’ai rencontré des gens qui avaient fait des maîtrises de chimie mais se sont mises à bosser dans l’informatique (...) "
    Ce constat, que j'ai fait aussi dès le début de ma carrière et que je fais encore aujourd'hui (la proportion de mes connaissances ayant une carrière en rapport avec leurs études et/ou diplômes est très faible) met en lumière, à mon avis, l'incapacité de l'éducation nationale à préparer et orienter efficacement les futurs salariés.
    "(...) je m’amusais comme un fou et j’étais toujours prêt à faire la fête lors des pots d’entreprise. J’étais la coqueluche de la boite." : ça n'a pas changé ... Tu dois bien être le seul blogueur que je connaisse à avoir une vie mondaine aussi riche ! Et tu es la coqueluche et le meilleur ambassadeur du KB et de Loudéac réunis !
    "(...) cette époque m’a bien aidé dans mon job actuel pour repérer ce genre d’escroqueries" : les hackers ne sont-ils pas les meilleurs ennemis des virus ?
    "A 21 ans, voir les gugusses s’habillent différemment pour aller au siège de la boite est très formateur de l’esprit qui règne en entreprise" : tiens, tu te souviens jeudi dernier quand je suis allée passer un entretien à la con qui m'a fait rater la séance de piscine et failli faire rater la séance buvette à la Comète ? Un des retours du recruteur était que ma tenue vestimentaire n'était pas assez professionnelle ... Ça me fait marrer ... Primo, je ne vois pas le rapport avec les compétences (mais bon, on est en France, hein, pays où l'apparence prime sur l'être) et secundo, si mon employeur m'impose un dress code, je le respecte !
    "Les jeunes cadres dans l’informatique sont souvent très cons. Ce n’est pas le carriérisme qui fait une carrière : il faut aussi de la valeur ajoutée pour l'entreprise" : pas que dans l'informatique, hélas, et pas que chez les jeunes cadres ... les employeurs, il me semble, ont souvent plus de reconnaissance pour le carriérisme que pour la valeur ajoutée de leurs salariés. En tout cas, c'est ce que je déduis des malheureuses fois où j'ai croisé des chefs ou collègues carriéristes.
    Pour finir (hé merde, j'ai fait un commentaire à rallonge ...), je pense que ton texte a subi la correction automatique car il y a des coquilles symptomatiques de l'écriture intuitive. Par exemple, maintenant au liue de matin ;)
    Bisous mon Nico et à dimanche midi ! (si tu au KB)

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    1. Bises aussi ! Ce texte mériterait des corrections mais il ne serait plus écrit par moi (je me comprends !).

      Et merci ! (je réponds en deux phrases pour éviter le commentaire à rallonge).

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